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5 questions à Lionnel Astier

Interview

Popularisé par la série TV Kaamelott, Lionnel Astier est d’abord un homme de théâtre. C’est dans sa chaleureuse loge du Théâtre Montparnasse que le comédien, metteur en scène et dramaturge nous reçoit pour évoquer Le Muguet de Noël, nouvelle comédie promise à un beau succès.

Crédit photo @Jeep Stay

1. Comment s’est passé votre cheminement d’acteur vers la comédie ?

Tout d’abord, mon parcours d’acteur est atypique. Je n’ai pas fait le Conservatoire mais les Beaux-Arts à Lyon. A cette époque, Lyon était une grande ville de théâtre : il y avait Planchon, Maréchal, Chéreau dans la même ville et il y avait du théâtre à tous les coins de rue avec plein de compagnies. J'ai ainsi commencé naturellement à faire du théâtre.

 

J’ajouterai que j’ai fait des comédies mais pas seulement ! Si je fais le compte, c’est peut-être la comédie que j’ai le moins pratiqué. J’ai fait beaucoup de classique, du théâtre public…

Maintenant, faire rire, c'est quelque chose que je trouve très difficile. 

 

Dans la comédie, à une seconde près, il peut y avoir la moitié des rires en moins ou la moitié des rires en plus. C’est une histoire de tempo. Je me dis toujours avant de commencer : qu’est-ce que je vais améliorer ?

 

Au théâtre, nous sommes tous les soirs comme dans un atelier, avec les outils à la main !

 

2. Selon vous quelles sont les clés du succès de votre duo avec Frédéric Bouraly ?

Curieusement ce duo comique fonctionne sur la différence, dans ce qui se heurte. Nos personnages n’ont pas le même rythme, ils ne réfléchissent pas à la même vitesse. Je ne me compare pas à ce duo mythique mais ce que j’aimais beaucoup dans celui formé par Bourvil - de Funès, c’est qu’il y en avait un qui faisait trois fois le tour de l’autre alors que ce dernier n’avait pas encore compris qu’il était en train de tourner. Cela fonctionne parce que ce sont des énergies différentes.

 

Avec Frédéric, nous avons fait connaissance sur scène dans Deux Mensonges et une Vérité. C’est un classique de dire que dans la comédie, le personnage est sûrement moins intelligent que le public alors avec Frédéric, on creuse le sillon, on arrive à descendre dans ce qui relève presque de la naïveté d’enfants.

 

Par exemple, dans Deux Mensonges et une vérité, je jouais le personnage qui devait résoudre le problème. Mon meilleur ami devait m’aider. Tout ce qu’il faisait ne marchait pas mais notre amitié n’était pas impactée. J’avais une grande confiance en lui et je me jetais à corps perdu dans les mauvaises solutions qu’il me proposait.

 

3. La mise en scène de Jean-Luc Moreau est très cadrée mais semble vous laisser une grande liberté de jeu. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est exactement ce que vous venez de dire, c’est cadré mais nous gardons pas mal de liberté. Je pense que la comédie a besoin de ça, pour établir une partition. Cela m’est arrivé de faire de la mise en scène de comédie aussi et même si je ne suis pas musicien dans la vie, je fonctionne comme tel. Il y a une musique dans la comédie, un rythme, un battement qui est sous-jacent.

 

Jean-Luc est très précieux pour moi parce qu’il a une formation solide : il vient du Français (NDLR : La Comédie Française) et il a cette véritable connaissance du boulevard. Il sait énormément de choses et nous les transmet avec générosité.

 

C’est un partenaire idéal pour moi, quelqu’un qui me prend par la main et qui m’emmène en disant : « Si, vas-y ! Tu peux faire ça ! » Et je le fais (rires). C’est très agréable de travailler avec lui.

 

4. Le texte de Sébastien Blanc et Nicolas Poiret « Le Muguet de Noël » est-il particulier à jouer ?

Oui, cette écriture est particulière à jouer. Il faut bien dire que Nicolas est le fils de Jean (Poiret) et je reconnais un petit peu la filiation (rires). Nicolas et Sébastien ont une façon bien à eux de traiter le thème du personnage en difficulté. Dans la vie quand on est en face d’un obstacle majeur, en général, on se tait, on reste sans voix. Pour eux, c’est tout le contraire ! Quand le personnage est en difficulté, il devient éloquent, se lance dans des discours pas possibles… Il fait des circonvolutions pour essayer de retomber sur ses pattes et en général, il y arrive. Cela demande une petite virtuosité pour l’acteur.

 

Ce personnage-là est une petite usine en soi qui fabrique au fur et à mesure, des mots, des sens pour essayer de se sortir de la situation. Alors évidemment il y a de la mauvaise foi là-dedans, mais c’est quand même une des matières premières de la comédie !

 

5. Au Théâtre Montparnasse, avez- vous un petit rituel avant de monter en scène ?

Je n’ai pas de petit rituel, si ce n’est d’aller derrière le rideau écouter le public. Cela à avoir avec le trac, que j’ai de moins en moins parce que j’ai cessé de penser que derrière le rideau, il y avait une grosse bête hostile.

 

Je me sens bien au Théâtre Montparnasse. J’aime beaucoup ma loge. J’y ai d’ailleurs dormi une heure avant que vous n’arriviez ! C’est un théâtre extrêmement agréable.

 

Quand j’étais enfant justement, une des émissions que je regardais le plus était Au Théâtre Ce Soir. Je ne manquais aucune diffusion et je ne peux pas m’empêcher d’y penser quand je suis là, que le rideau s’ouvre et que c’est moi qui suis sur scène avec mes amis.

 

Je n’aime pas jouer au mec qui fait des citations mais Nietzsche disait que dans le bonheur, il y a le fait de réaliser adulte un rêve d’enfant. Ce qui est sûr, c’est que pour moi, il y en a un qui s’est réalisé !

 

BONUS : l'origine de la fibre artistique « Astier » ?

Je ne peux pas dire qu’il y avait vraiment une fibre artistique dans ma famille. Mais je peux vous raconter comment la mienne est née.

 

Quand j’étais enfant, mon grand-père maternel, qui s’appelait Prosper et qui était aveugle, récitait des poèmes à longueur de journées.

 

C’est surtout lui qui m’a appris à parler parce qu’il avait tout son temps. Cela inquiétait beaucoup mes parents car je ne marchais pas encore que je savais déjà parler. Il passait des heures avec moi, il m’asseyait sur une table, se mettait à une chaise et il me faisait parler. Et il récitait des poèmes, Victor Hugo…

 

Mais un autre fait étonnant à l’origine de mon identité artistique est le suivant : entre mes dix et treize ans, j’ai perdu mon papa et mes deux grands-pères ! En l’affaire de trois ans et demi, j’ai perdu des repères importants et je restais le seul homme de la famille à 13 ans. Donc, j’étais terrifié. Et j’ai dit à ma maman : je veux être scénariste ! Et j’ai à présent la réelle explication : je voulais être scénariste parce que quand on est scénariste, on est un peu Dieu. On maîtrise le destin de ses personnages. Je veux bien croire que le scénario de ma vie à ce moment-là me faisait peur avec ces incroyables hécatombes…

 

Crédit photo @Jeep Stay

 

Un grand merci à Lionnel Astier pour cette interview ! Vous avez jusqu’au 29 Mars pour découvrir la pièce Le Muguet de Noël au Théâtre Montparnasse.

 

Découvrez aussi notre article sur "Le Muguet de Noël"

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