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Interview de Dominique BLANC

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Interview

Actrice aux quatre Césars, Dominique Blanc témoigne, au théâtre comme au cinéma, d’une exigence et d’un talent hors-normes. Rencontre avec celle qui, depuis près de deux ans, parcourt la France et le monde avec La Douleur de Marguerite Duras.

En septembre dernier, alors que vous vous apprêtiez à reprendre La Douleur de Marguerite Duras au Théâtre de l’Atelier, vous nous aviez confié votre bonheur d’avoir trouvé un texte que vous pourriez “emmener partout”, un texte avec lequel “vieillir”. Quelques mois après, cette joie est-elle toujours la même?
A cette époque, on revenait tout juste du Brésil. Ensuite, la tournée a continué plus que jamais en Province. A la fin de l’année, je l’avais joué plus de 120 fois. J’étais assez stupéfaite de ce chiffre! Depuis, on est allé à Rome. Madrid est prévu en mars puis, en principe, Lisbonne et peut-être Athènes… C’est une chance inouïe! Mais il sera temps, après ça, de poser les valises et de laisser reposer le texte. L’idée est évidemment de repartir dans un an ou deux et de ne jamais abandonner ce superbe bagage.

Ces voyages avec Duras et son texte sont-ils dignes de ce que vous en attendiez?
C’est formidable. Partout où l’on passe c’est une expérience unique. A Rome, par exemple, on a été magnifiquement accueilli par un public qui avait une soif terrible de tout ce qui vient de l’étranger car, sous Berlusconi, la culture souffre énormément, le théâtre en particulier.
Mais ma chance dans cette aventure, c’est de ne pas jouer tous les soirs et donc de ne pas connaître la routine. Ça me préserve de la lassitude et ça entretient une forme de mystère : il y a toujours ce doute sur la façon dont le public va réagir.
Et puis, c’est passionnant de rencontrer les gens qui viennent parler après le spectacle : certains ont une expérience de la guerre ou de la déportation, d’autres sont de purs “Durassophiles” qui connaissent son œuvre bien mieux que je ne la connaîtrai jamais.

C’est assez singulier qu’une pièce suscite à ce point les discussions…
C’est très rare, oui. Et ce sont des moments très riches. Un soir, à la fin d’un débat, une femme a pris la parole très timidement pour dire qu’elle était à Paris, rue Saint-Benoît, en avril 1945, précisément à l’époque de La Douleur. C’était une voisine de Duras. Elle avait vécu cette période et ce drame d’une façon très intime, très proche. Je me suis souvent dit que j’aurais dû prendre une caméra pour filmer ces après-spectacles.

Dans cette pièce, vous êtes seule en scène, pourtant, quand vous en parlez, c’est en disant “nous”...  Votre formulation est-elle le signe de votre attachement à la dimension collective du théâtre?

Oui, c’est fondamental. Le théâtre, ce n’est rien d’autre que l’art de la communion: entre les comédiens et le public bien sûr, mais aussi entre un auteur et ses interprètes, entre les acteurs et les techniciens. Notre époque est dominée par le règne de l’image et ce besoin de communion a peut-être un peu tendance à se perdre. C’est l’une des raisons qui me donnent encore plus envie de défendre le théâtre. Je trouve qu’il n’y rien de plus beau qu’une salle qui communie en partageant l’amour d’un même auteur ou la splendeur de comédiens jouant ensemble. Ce sont des émotions très nobles, très belles. Il me paraît essentiel de ne pas en priver notre culture.

 

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