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Les confidences de Francis Huster

Interview

En quoi cette reprise du spectacle « Bronx », créé en 2012 au Théâtre des Bouffes Parisiens, est-elle différente ?

 

Au Théâtre de Poche-Montparnasse, le cadre est tellement petit qu'on est exactement comme dans un tournage de film. Le spectateur est tellement près de l’acteur qu'il est comme une caméra. Cela oblige donc à jouer dans une vérité et un rythme qui correspondent à cette vérité. On ne peut pas comme dans la grande salle du Théâtre des Bouffes-Parisiens par exemple, projeter quoi que ce soit. Il faut tout garder pour soi. C'est tout à fait différent. Et comme en plus, c'est une pièce qui est devenue un film (le film de Robert De Niro a vraiment suivi la pièce de A à Z dans son adaptation) : on peut dire que ce qu'on avait fait aux Bouffes Parisiens, ici redevient presque un film. Dans cette réécriture et cette mise en scène du Poche-Montparnasse, le spectateur assiste à tout ce qui se passe dans la tête de Cologio.

De Steve Suissa, votre metteur en scène, vous dites qu’il vous dirige autrement. C’est-à-dire ?

 

Je vais être très précis, sur trois points différents.

 

Premièrement, du point de vue du rythme. Au lieu d’être dans le rythme de la pièce, je suis dans mon rythme à moi. Donc ça veut dire que je n'hésite pas à varier tout d'un coup : plus jazz à certains moments, plus rock à d’autres, ça éclate un peu. Pour moi, c’est une vraie liberté de rythme.

 

Deuxièmement, du point de vue vocal, je dois tout faire pour ne pas projeter, c'est-à-dire ne pas lever les finales, lever les phrases. On ne s’en rend pas compte de l'autre côté de la salle mais pour moi, c'est un travail très méticuleux.

 

Enfin, troisièmement, du point de vue physique, il faut tout faire passer dans le regard. Pour les gens de cette salle, comme ils ne sont pas placés au même endroit, je dois tout leur transmettre par le regard afin qu'ils aient l'impression d'être en gros plan sur l'acteur. Je ne peux pas baisser les yeux une seule fois dans la pièce.

Portrait de Steve Suissa

 

Comment avez-vous exploré ce personnage qui se raconte au travers de 18 personnages ?

 

En créant un dix-neuvième personnage. C'est-à-dire qu’il y a les 18 personnages, mais le dix-neuvième, c'est celui que lui-même croit avoir été. C'est pour ça qu'il recrée la façon dont il pense qu'il était quand il avait 9 ans, 17 ans… Et le seul moment où en fait il y a le personnage du héros, lui, tel quel, à l'âge qu'il a, c'est au tout début et à la fin de la pièce. Donc en fait, il y a 19 personnages à jouer !

Ce personnage de Cologio, c’est d’abord une reconnexion à l’enfance, au questionnement que l’on se pose au début d’une vie. Vous êtes-vous inspiré de votre propre enfance pour composer ce personnage ?

 

Totalement, parce qu'il m'est arrivé exactement la même chose qu’à lui, la mort (j'aurais pu mourir comme lui). Je n'y ai même pas pensé (une pause) mais je m'en suis inspiré, oui, absolument ! Je crois qu’il y a certains rôles qui demandent tellement à être proche de ce qu’est l’acteur, que ce dernier est obligé de plonger dans le puits de ce qu'il a lui-même vécu. Presque tous les acteurs expérimentent ça à un moment de leur carrière.

 

Pouvez-vous évoquer en quelques mots, justement, votre enfance et vos aspirations de l’époque ?

 

Oui, absolument. Je suis un enfant de la guerre et par conséquent, on nous avait éduqué avec d'un côté les héros et de l'autre, les assassins, les tueurs, les nazis, les Staline, les Hitler, les Mao… 

 

Cela veut dire que dans mon enfance, comme dans la sienne, j'aurais pu, soit me laisser embobiner par un anti-américanisme primaire, soit me dire, et c'est ce que je me suis dit (en plus j'avais un copain qui était américain, Richard Lacortiglia) qu’aux États-Unis aussi, il doit y avoir des gens qui sont des héros et qui luttent contre les autres. Et c'est pour ça que le héros pour moi, le Sunny de mon histoire, c'est John Kennedy.

 

Il n'y aurait pas eu Kennedy, en fin de compte, je n'aurais peut-être pas fait ce métier. Je trouvais que c'était un héros de la guerre, un héros tout court : pour la lutte contre le racisme, parce qu'il a amené l'homme sur la Lune. Finalement, l'histoire de cette pièce n'est pas loin de moi. Par ailleurs, Kennedy a été tué, comme Sunny, de la même façon.

 

Le décor est ici purement « numérique ». Est-ce qu’il y a quelque chose dans le jeu qui doit changer par rapport à cette absence de décor ?

 

Il n'y a pas d'espace, c'est-à-dire qu’aux Bouffes-Parisiens, je me baladais dans le décor, pour être totalement réaliste, avec un bar, un lampadaire, une rue, des poubelles etc. J'étais dans une réalité totalement cartésienne. Alors que là, tout est dans ma tête. J'ai des places très précises, paradoxalement, sur scène, pour ne pas me perdre. C’est un spectacle très méticuleux.

 

Vous connaissez bien à présent Steve Suissa, comment vous définiriez votre collaboration avec lui ?

Je crois qu'elle tient sur deux mots : respect  et exigence !

 

Je le respecte. Je ne discute jamais ce qu'il me demande. Et lui peut me demander tout ce qui lui passe par la tête.

 

Exigence, c'est à-dire que s’il sent que ce que je propose est mieux que que sa proposition à lui, il a l'exigence d’accepter par rapport à la qualité du spectacle. Il n'a pas d'états d'âme. C’est ça, c’est comme les boxeurs ! Il a la mentalité de se dire que ce n'est pas parce que le précédent rôle a marché qu’au prochain je ne vais pas être KO.

 

Vous avez dit : « Au Poche-Montparnasse, on est face à soi-même. » Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet. Qu’y a –t’il de si particulier dans cette salle ?

 

Ce qu'il y a de particulier dans cette salle, c'est que le public paradoxalement est probablement le plus dur de tous les théâtres de Paris. On ne peut pas la lui faire. On ne peut pas faire comme si on n’était pas là. On ne peut pas jouer le personnage comme on se met un scaphandre et se laisser aller. Ça n’intéresse pas le public de ce théâtre qui se dit : « Je suis dans un très grand restaurant. J’ai le privilège d’être là et je vais en avoir pour mon argent. »

 

Et quand l'interprétation est à la hauteur de ce que les gens espèrent, ils la multiplient dans leurs applaudissements. C'est ou dithyrambique ou catastrophique, du genre « Salut - au revoir ! ». Il n'y a pas de juste limite. Je pense que c'est le public le plus exigeant de Paris.

 

Etes-vous en contact avec l’auteur de ce texte ? A-t ’il déjà vu le spectacle ?

 

Oui, Chazz Palminteri a même envoyé un mot précisant qu'il est très content et très heureux et qu’il va venir (à mon avis, plutôt vers la mi-juin mi-juillet). J'espère que Robert De Niro viendra avec lui. Qu'ils viennent tous les deux pour qu'on se fasse un peu la fête ! (rires)

 

Enfin, avez-vous un petit rituel avant d’entrer en scène ?

 

Oui, absolument ! D'abord, je parle à mes fantômes dans la loge avant de la quitter et j'éteins toute la loge pour qu'ils me foutent la paix et qu’ils ne viennent pas sur scène. Alors, suivant les pièces, les rôles, c'est Lawrence Olivier, Barrault, O’Toole, Fonda, Cooper, Gable…

 

Ça m'aide pendant deux, trois minutes à complètement tout oublier.

 

Puis je ferme la porte de la loge, et je vais sur scène à peu près cinq minutes avant le spectacle pour entendre le public. Lui ne me voit pas mais moi je l'entends et je sais tout de suite quelle sera l'atmosphère du soir, sa température. 

 

C'est très important pour moi. Et contrairement à ce qu'on pense, enfin, à ce que racontent les acteurs : je n'ai pas le trac ! Je suis comme ces sportifs qui, avec leur raquette, tapotent des échanges avant de commencer le match et savent déjà s’ils l’ont gagné…

 

Un grand merci à Francis Huster qui nous a accordé cette interview et que vous pouvez retrouver jusqu’au 7 Juillet sur la scène du Théâtre Poche Montparnasse dans « Bronx ».

 

Bronx au theatre poche montparnasse Francis Huster

 

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Jacqueline
Jacqueline - membre depuis 18  mois

Ces confidences évoquées par Francis Huster lors de l'interview du 27/05/2019 m'ont beaucoup touchées. J'aime l'acteur et le comédien. Mme Hakim.

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Anonyme
FRANCOISE

UNE PRESENCE, UNE INTERPRETATION MAGISTRALE. J'AI ETE SUBJUGUEE PAR LE TALENT DE MONSIEUR HUSTER.
UN COMEDIEN RARE QUE JE NE MANQUE PAS DE SUIVRE DANS SES DIFFERENTES PIECES, DE ZWEIG ENTRE AUTRES.
UN TRES TRES GRAND TALENT QUE J'ADMIRE PROFONDEMENT.
BRAVO DU FOND DU COEUR.

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