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Le Théâtre de la Reine Blanche : quand la Science et le Théâtre se rencontrent

Spectacle Interview

Aujourd’hui nous donnons la parole à Elisabeth Bouchaud, directrice depuis 2015 du Théâtre de la Reine Blanche à Paris, mais également Les Déchargeurs depuis 2018 et de Avignon-Reine Blanche depuis 2019. Elle nous a fait le plaisir de répondre à nos questions par téléconférence en cette période spéciale et nous parle avec passion de la spécificité de son théâtre.

Elisabeth Bouchaud et Karim Kadjar dans « Le paradoxe des jumeaux » 

D’où vient le nom « De la Reine Blanche » ?

Quand j’ai repris le bail du théâtre, ce dernier s’appelait déjà comme cela car les anciens propriétaires habitaient rue de la Reine Blanche dans le treizième arrondissement de Paris. Et je l’ai gardé, j’ai trouvé ça très poétique, pour moi ça faisait référence à Blanche de Castille, à Lewis Caroll, …

Portrait d'Elisabeth Bouchaud

 

Très vite on a eu l’idée de décliner le nom. Les scènes blanches, qui regroupent mes trois théâtres, la structure de production et enfin l’école. Cette dernière s’appelle, la salle blanche, une école de formation de l’acteur, que l’on envisage avec Xavier Gallais et Florient Azoulay, comme un laboratoire où l’on fabrique des dispositifs innovants. Un endroit où l’on forme les jeunes par la recherche, c’est-à-dire, pas une école classique où ils répètent des scènes et des poèmes, mais construite autour d’un projet, d’un thème, …  

 

Les élèves écrivent leur propre pièce et apprennent à l’interpréter, grâce aux cours d’interprétation de Xavier Gallais, bien sûr, mais aussi aux cours de danse de Fabio Dolce, ou de masque d’Andreas Simma. Pour la dramaturgie, ils sont encadrés par Florient Azoulay, mais bénéficient aussi des interventions de Wilfried Bosch-Alfonsi, ou de Philippe Brunet, par exemple. Ils participent à des ateliers d’écriture avec l’autrice Cécile Ladjali, mais assistent aussi à des conférences délivrées par des intervenants scientifiques comme Sébastien Balibar, Daniel Suchet ou Jacques Treiner.

 

Cela demande une véritable démarche de chercheur, puisqu’il faut réfléchir à une dramaturgie originale, pour aborder ce thème imposé en en faisant une vraie œuvre théâtrale.

 

Quel est le projet artistique du Théâtre de la Reine Blanche ?

C’est une scène des Arts & des Sciences. Pour moi la culture ne s’arrête pas au seuil des sciences, elle les englobe. Le théâtre est bien sûr central mais on y parle de beaucoup de choses reliées aux sciences humaines et aux sciences dites « dures ».

Intérieur du Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18ème

 

Cela se traduit par des pièces de théâtre qui vont à la fois parler d’histoire des sciences comme « Le paradoxe des jumeaux », que j’ai coécrite avec Jean-Louis Bauer, sur la vie de Marie Curie. Mais également avec « Majorana 370 » qui parle d’un physicien absolument génial, qui vivait à Rome dans les années 20 et qui a disparu en 1938 : cette œuvre nous permet de nous interroger sur le thème de la disparition volontaire, comme celle de Rimbaud. Il y a également la magnifique pièce de Marco Paolini « Galilée, le Mécano », du théâtre-récit, où un contemporain lambda nous parle de Galilée. C’est anachronique, savoureux, bourré d’humour et en plus on apprend beaucoup. On découvre notamment les relations entre la science et l’église.

 

Enfin nous avons mis en place toute une série de conférences théâtralisées, que l’on a appelé « Des savants sur les planches » dont le but est de faire parler un scientifique de ses recherches. Notre travail consiste à mettre en résonance son discours avec une performance artistique : danse, vidéo, musique live, théâtre, lecture, poésie, …

(Photo Pascal Gely) Spectacle MAJORANA 370, avec, sur la photo de gauche à droite les 
comédiens.ennes Marie-Christine Letort, Benjamin Gazzeri-Guillet, Manon Clavel et Alexandre Manbon.

 

L’idée c’est que le spectacle vivant, quel qu’il soit, est capable de prendre le discours scientifique et de le transformer finalement en émotions que l’on peut transmettre au public, dans des formes artistiques hybrides et novatrices, très différentes de ce qu’on a l’habitude de voir. Et pour moi c’est très important.

 

On ne va pas transformer le public en scientifiques mais on va livrer un « morceau » de culture scientifique, en donnant une idée de qui en sont les acteurs, les tenants et les aboutissants.

 

Et les spectateurs plébiscitent ces évènements en étant au rendez-vous !

 

Qui sont vos publics ?

C’est déjà notre 5ème saison et le public commence à nous suivre, à nous faire confiance. Ce dernier est composé en grande partie d’un public issu de notre quartier, récurrent donc, mais également des gens intéressés par la science qui viennent de toute la région parisienne.

 

Grâce à notre petite salle Marie Curie, nous accueillons beaucoup de jeunes compagnies, et nous avons remarqué que c’était une façon de faire venir un public jeune, qui se reconnaît dans ces propositions artistiques. L’important c’est de fidéliser ce public, de faire en sorte qu’il vienne ensuite voir les autres spectacles.

(Photo Pascal Gely) : la chimiste Clotilde Policar (à gauche) est assistée par la comédienne et 
peintre Coralie Emilion-Languille (mise en scène Judith Policar).

 

A l’ouverture, nous avons proposé un cycle de cinéma italien « Cinéma et Pastasciutta » et notre stratégie s’est révélée gagnante puisque le gens du quartier sont venus par le biais du cinéma. Ils ont ensuite découvert notre programmation théâtrale et petit à petit nous les avons aussi vus aux « Savants sur les planches ». Nous avons une véritable volonté de croiser les publics et nos actions culturelles sont tournées dans ce sens.

 

De plus, notre particularité est d’être le seul théâtre de France qui articule son offre autour du scientifique, du coup nous accueillons beaucoup de scolaires : lycée, fac, grandes écoles, c’est une ouverture extraordinaire sur un nouveau public.

 

Enfin, nous mettons en place des partenariats avec les Arts et Métiers, la Cité des Sciences et de l’Industrie, le CEA (Commissariat de l’Energie Atomique), la Société Française de Physique, la Fondation Blaise Pascal, … c’est certes anecdotique mais cela nous ouvre également à un autre public et on est toujours heureux de faire ces échanges de visibilité.

Intérieur du Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18ème

 

La saison actuelle était sur le thème de la résistance, pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet nous avons eu beaucoup de pièces sur ce thème.

 

Pour commencer, « L’entrée en résistance », une forme hybride de spectacle vivant, qui mêlait sur scène le comédien Jean-Pierre Bodin, la violoniste Alexandrine Brisson et Christophe Dejours, psychiatre et spécialiste de la souffrance au travail. Le spectacle permettait d’aborder des formes de résistances au harcèlement, dont certains pouvaient être victimes dans le monde du travail.

 

Par la suite, dans une autre œuvre, la résistance était abordée sous l’axe de la guerre : « Le courage de ma mère », l’histoire d’une femme juive qui échappe miraculeusement à la déportation. Ce spectacle aborde des thèmes très importants, notamment le nazisme, que nous retrouvons dans « Majorana 370 » et « Berlin 33 ».

 

Et enfin la résistance grâce à la science avec « Galilée, le mécano », qui abordait la résistance à l’obscurantisme.

Jean Alibert dans « Galilée, le Mécano »

 

En quoi donner le goût des matières scientifiques aux filles pourra selon vous mener à une société plus égalitaire ?

C’est très important pour nous et nous sommes très attentifs dans nos choix, en faisant venir des femmes scientifiques. Ainsi, les « Savants sur les planches » de la saison prochaine ouvriront avec Valérie Ciarletti, ingénieure qui participe à l’élaboration de missions sur Mars. Cela va être passionnant. Le but est de montrer que les femmes sont de grandes scientifiques et de les mettre en valeur, parce que si elles existent dans la science, on ne leur donne pourtant pas assez la parole.

 

Il y a des barrages mais ils sont souvent mentaux. Et c'est auto-entretenu, ce qui est dramatique. La science est très masculine, on sait tout de suite qu’on va avoir des difficultés, qu’on ne sera pas comme tout le monde.

 

Une chose qui m’a frappée, c’est que toutes les femmes qui sont arrivées à un niveau incroyable dans leur discipline ont le syndrome de l’imposteur. Même celles qui ont eu des responsabilités extraordinaires. En règle générale les femmes ont l’impression de ne pas être à leur place.

Jean Alibert dans « Galilée, le Mécano »

 

Comment vivez-vous le confinement ?

Je ne sais pas ce que je vais construire de cette période. J’aime sortir de chez moi, comme tout le monde.

 

Le 16 mars quand on a fermé le théâtre, avec l’équipe, nous avions les larmes aux yeux. Nous sommes très soudés, on s'envoie des mails, on fait vivre les réseaux sociaux ; on propose des captations de spectacles à un autre public.

 

Sur le plan personnel j’essaye de relativiser. J’habite à Paris, j’essaye de penser à des situations plus catastrophiques, comme pendant la déportation. Je pense qu’on n’a pas trop le droit de se plaindre. Je suis également très inquiète à propos de ma mère, très âgée dans un EPHAD, c’est une situation très angoissante.

 

Etant donné que j’ai très rarement du temps pour moi, là je prends le temps de lire, d’écrire, de regarder des films, des captations pour rattraper la frustration que j’ai de ne pas avoir le temps d’aller et de faire tout ce dont j'ai envie en temps normal.

 

Et enfin, réfléchir à l’après, à la saison prochaine, ce qui implique de faire les contrats, de les envoyer, de discuter des futures productions. Si tout s’arrange, nous serons au Festival d’Avignon - nous faisons en, tout cas comme si cela aura lieu - alors on prépare les dossiers de presse, la communication...

 

« Il y a beaucoup de choses à mettre en place et on pense à la suite avec optimisme. »

 

Un grand merci à Elisabeth Bouchaud, directrice du Théâtre de la Reine Blanche, qui nous accordé cette interview ! A découvrir aussi : Le théâtre chez soi : visionnez Majorana 370 en intégralité

 

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