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FAU Michel

Interview Michel FAU

Rappels magazine, été 2011

Michel Fau est un phénomène. Pas seulement parce que ses mises en scène récentes de Maison de Poupée et surtout de Nono ont rencontré un vif succès. Véritable bête de scène, acteur capable de toutes les outrances, il a su imposer son talent en donnant sa pleine (dé)mesure à sa folie.

Rappels. Votre univers est toujours en équilibre entre le burlesque et le pathétique, quelque part entre le music-hall et le théâtre classique. D’où vous vient ce goût très particulier?

J’ai découvert le théâtre d’une façon un peu détournée, le jour où ma mère m’a offert des marionnettes.
Je devais avoir cinq ans et, jusqu’à dix ans, j’ai passé mon temps à faire de la marionnette. Je montais des petits spectacles avec mon frère Bernard qui faisait déjà les décors, en peignant des toiles de fond. Aujourd’hui, en fait, on ne fait que reproduire cette vieille habitude enfantine quand on fait des mises en scène.
Ensuite, à dix ans, ma mère a commencé à m’emmener au théâtre voir Jacqueline Maillan, Sophie Desmarets, Maria Pacôme, toutes ces créatures incroyables. Jean Poiret aussi. Ça m’a bouleversé. Je me suis immédiatement dit que je voulais faire du théâtre !

C’était donc une vocation très précoce…
J’étais jeune, oui… Et ça a été un peu l’enfer ! Pour mon entourage surtout.
Je passais ma vie à lire enfermé dans ma chambre. Mais jamais je ne jouais avec des jouets ou des choses de cet âge-là, non, je lisais… D’autant plus que le théâtre était un plaisir rare pour nous qui habitions en province. On n’allait à Paris qu’une fois par an, le reste du temps on allait voir les tournées.

Pour vous, déjà, le théâtre était constitué à la fois de Jacqueline Maillan ou Maria Pacôme et des grands textes? Il y avait déjà ces deux pôles: le spectacle et la littérature?
Oui, mais se mêlaient aussi à tout ça les opéras et les opérettes que ma mère nous emmenait voir souvent. Evidemment, je ne réfléchissais pas à ces questions de registres: je prenais tout ce que je pouvais sans distinction. Mais c’est vrai que ce mélange était assez terrible. Pendant longtemps, ça m’a semblé tout à fait naturel: je voyais beaucoup de vaudevilles donc j’étais très imprégné d’un certain burlesque, mais j’aimais aussi beaucoup le lyrisme de l’opéra et des grands textes. C’est plus tard que ça a été parfois un peu difficile à gérer. Il a fallu que je me démerde avec tout ça!... Disons que, par exemple, l’emphase et le grotesque ne sont pas forcément très bien accueillis au Conservatoire…

On imagine effectivement que votre répertoire ne collait pas tout à fait à celui du Conservatoire et à son enseignement plutôt classique…
A Agen d’où je suis originaire, je prenais mes premiers cours de théâtre avec une dame qui voulait absolument gommer notre accent. Elle nous faisait donc beaucoup travailler les grands textes et j’en conserve un véritable amour des classiques. Pour ce qui est du Conservatoire, en fait tout dépend de vos professeurs. Personne n’a vraiment cherché à corriger mon mauvais penchant pour le grotesque. Au contraire, des gens comme Pierre Vial ou Michel Bouquet ont complètement respecté ça et m’ont aidé à en faire un atout. Mais en arrivant au Conservatoire, j’ai eu une sorte de choc. J’étais totalement naïf, je voulais être Jean Le Poulain ou Paul Meurisse et tous autour de moi travaillaient Koltès avec un sérieux imperturbable. Ils étaient tous très intenses et très graves alors que moi je voulais juste être un clown ! Alors, pendant un moment, j’ai été un peu perdu… Je sentais bien que j’étais en décalage par rapport au paysage du théâtre. Je n’osais pas dire que j’allais voir Maria Pacôme et que j’adorais ça !...

Vous ressentiez déjà cette tension entre deux types de théâtres, deux univers différents…
Oui. Je crois que ça a un peu changé depuis, mais pour moi, à l’époque, c’était quelque chose de très nouveau. Je n’avais jamais pensé faire une distinction: j’allais aussi bien voir Vitez ou Régy que Jacqueline Maillan. Ce qui m’attirait, c’était les excès, la folie, quelles que soient les formes qu’elle devait prendre. Finalement, le Conservatoire a été une expérience un peu mouvementée mais qui m’a appris à affirmer qui j’étais et à identifier le théâtre que je ne voulais pas faire.

A quoi ressemblait-il, ce théâtre que vous vouliez éviter ?
A un théâtre trop sérieux, portant un discours trop didactique, ou alors à un théâtre au contraire purement commercial. Ni l’un ni l’autre ne me plaisaient, c’est d’ailleurs certainement ce qui explique que ma sortie du Conservatoire ait été très violente. Ça n’a pas été très long, mais pendant quelques années, j’ai très peu travaillé. J’ai tenté de monter des spectacles avec des camarades du Conservatoire, mais ça c’est très mal passé. Je m’étais même juré que, jamais plus, je ne referais de mises en scène!...

Le déclic à cette époque a été votre rencontre avec Olivier Py. Dans quel contexte ?
Il était au Conservatoire en même temps que moi. Il faisait déjà beaucoup de théologie, il écrivait, il se vivait comme un poète: bref, tout le monde le prenait pour un fou ! Et voilà qu’Olivier s’est mis à écrire des rôles pour moi, des personnages qui correspondaient à ma folie et à mon univers. C’était inespéré… Et les gens se sont mis, d’un seul coup, à me dire que j’étais formidable. Avant ça, on ne me le disait pas tellement !...

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